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Autisme : repérer au plus tôt les signes d'alerte

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Autisme : repérer au plus tôt les signes d'alerte

Message par Dolu le Sam 27 Sep - 13:51

Autisme : repérer au plus tôt les signes d'alerte

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Le ministère de la Santé veut organiser un dépistage de tous les enfants dès 18 mois, car une intervention précoce augmente les chances de progrès.

Avant 3 ans, la plasticité du cerveau offre de grandes chances de progrès aux enfants autistes. «À cet âge, il est plus facile de remettre sur les rails de l'apprentissage un enfant qui s'en éloigne, observe Bernadette Rogé, psychologue au centre de recherche sur l'autisme de Toulouse. Avec des interventions très ciblées - chercher son sourire, solliciter son attention, créer une interaction à tout prix -, on parvient à éveiller sa capacité à échanger avec les autres.» A contrario, souligne la spécialiste, le cerveau s'habitue très vite à se passer de toute communication et à fonctionner seul dans son coin.

Intervenir avant l'entrée à l'école maternelle est donc une priorité affichée par le troisième plan autisme, présenté en mai 2013. Un objectif qui suppose de pouvoir mieux repérer les enfants à risque, en mettant en place un dépistage dès 18 mois. La France est loin de ce résultat: les troubles du spectre autistique, qui concerneraient jusqu'à une naissance sur 100 selon certains experts, sont aujourd'hui diagnostiqués à 4 ans en moyenne. «Un énorme effort de sensibilisation des acteurs de la petite enfance (pédiatres, médecins généralistes et ORL, puéricultrices, assistantes maternelles, parents) est nécessaire», reconnaît Guillaume Blanco, chef de projet au ministère de la Santé. Une circulaire publiée en juillet donne un cadre pour mettre en place, dans chaque région, ce dépistage précoce et la réponse à apporter aux familles.

Questionnaire à partir d'observations de la vie quotidienne

«Les études scientifiques ont montré que les symptômes de l'autisme émergent dans les deux premières années de la vie, souligne le Pr Catherine Barthélémy, pédopsychiatre au CHU de Tours. Certains tests permettent de dépister le risque entre 18 mois et 3 ans de manière fiable.» Il en est ainsi du M-Chat, un questionnaire rempli par les parents à partir d'observations de la vie quotidienne, mais dont le résultat ne peut être interprété que par une équipe formée. L'enfant joue-t-il à faire semblant? S'intéresse-t-il à d'autres enfants? Désigne-t-il avec son index? Répond-il à son nom quand on l'appelle? Au travers d'une vingtaine de questions, le test met en évidence des marqueurs de l'autisme. «De nombreux pays européens utilisent le M-Chat en routine, car il produit peu de faux positifs, précise le Pr Barthélémy. En cas de doute, on le refait après six semaines. Si le risque se confirme, l'enfant doit être adressé dans les trois mois à une équipe de soins.» Combiné avec le Chat, un test d'observation réalisé par des professionnels, il permet un diagnostic fiable à 24 mois, selon une étude publiée en 2013.

En théorie, les premiers signes d'alerte peuvent même être relevés bien avant 18 mois, à chaque stade du développement. Mais ces observations précoces, difficiles à interpréter, sont souvent banalisées par les pédiatres. Face à un enfant qui ne tient pas sa tête, ne babille pas ou peine à saisir le hochet qu'on lui tend, beaucoup choisissent de rassurer les parents plutôt que de prendre le risque de les inquiéter inutilement. «C'est toute la difficulté de l'exercice, résume Bernadette Rogé. Selon les recherches récentes, les premières manifestations de l'autisme sont identifiables dès l'âge de 6 mois. Mais plus on cherche à détecter tôt les signes annonciateurs et plus le risque de faux diagnostic, forcément traumatisant pour la famille, devient important.»

Commencer à agir sans créer de l'anxiété

Pour le Pr Richard Delorme, pédopsychiatre à l'hôpital Robert-Debré, une grande attention doit cependant être prêtée à ces comportements. «Une anomalie ne signifie pas que l'enfant sera autiste mais elle doit être prise en considération, car il existe une probabilité élevée qu'elle trahisse un trouble du développement, comme un retard du langage ou de l'apprentissage», indique-t-il. Et l'intervention d'une équipe spécialisée sera de toute façon bénéfique à l'enfant.

Avec la mise en place du dépistage dès 18 mois, le ministère de la Santé espère instaurer plus tôt un «rapport de confiance» entre les professionnels de santé et les parents, «avant qu'ils ne se soient épuisés à faire reconnaître et à gérer seuls les troubles déjà perceptibles de leurs enfants». La circulaire publiée en juillet dernier insiste sur l'importance du contact avec la famille. «Avant 3 ans, on n'en est pas au stade de l'annonce, explique Guillaume Blanco. En cas de suspicion, il faut pouvoir commencer à agir sans créer de l'anxiété.» Un impératif qui suppose la création, dans chaque région, d'équipes multidisciplinaires capables de poser un diagnostic et de proposer immédiatement une prise en charge adaptée.

Les progrès de la recherche devraient, dans les années à venir, permettre d'affiner encore le dépistage précoce. À Toulouse, l'équipe de Bernadette Rogé travaille ainsi à la mise au point d'un protocole visant à identifier les troubles du développement dès l'âge de 1 an, en combinant l'utilisation de l'IRM, de l'oculométrie et de tests comportementaux. L'an dernier, déjà, des chercheurs américains ont réussi à identifier des facteurs de risque d'autisme chez des nourrissons âgés de 2 à 6 mois, en suivant le mouvement de leurs yeux par «eye tracking».

Avec l'espoir d'intervenir un jour dès le berceau pour réduire l'impact de l'autisme.


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